Pourquoi le succès arrive parfois après plusieurs faux départs
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Pourquoi le succès arrive parfois après plusieurs faux départs

Et si les faux départs n’étaient pas du temps perdu ? Derrière de nombreuses réussites se cachent des échecs, des refus, des reconversions et des projets abandonnés. De J.K. Rowling à Sara Blakely en passant par Vera Wang, ces parcours racontent une autre histoire du succès : moins linéaire, plus tardive parfois, mais aussi plus riche d’expérience.

Par Inès m.

Échecs professionnels, projets abandonnés, reconversions, refus à répétition… Et si les faux départs n’étaient pas l’opposé de la réussite, mais parfois le chemin qui y mène ? Derrière de nombreux parcours à succès se cachent des années beaucoup moins spectaculaires, faites d’essais, de doutes et de portes fermées.

À l’heure où les réseaux sociaux donnent l’impression que certaines carrières explosent en quelques mois, la réussite semble devoir être rapide, visible et, surtout, parfaitement linéaire. Une entreprise lancée au bon moment, une rencontre décisive, une idée brillante et soudain : le succès.

La réalité est souvent beaucoup moins photogénique.

Derrière certaines des trajectoires professionnelles les plus inspirantes se trouvent des projets qui n’ont pas fonctionné, des candidatures refusées, des changements de direction ou simplement de longues périodes pendant lesquelles rien ne semblait vraiment avancer. Le « faux départ », loin d’être une anomalie, pourrait même constituer une étape déterminante de nombreux parcours.

L’échec professionnel n’est pas toujours une fin

L’une des personnes qui a le plus ouvertement parlé de cette idée est J.K. Rowling. Bien avant le phénomène mondial Harry Potter, l’autrice britannique traverse une période qu’elle décrira elle-même comme un échec « à une échelle épique ».

Quelques années après ses études, son mariage a pris fin, elle élève seule sa fille, n’a pas d’emploi et connaît une situation financière extrêmement difficile. Dans son célèbre discours prononcé devant les diplômés de Harvard en 2008, elle explique pourtant que cette période a eu un effet inattendu : elle l’a obligée à éliminer tout ce qui n’était pas essentiel et à concentrer son énergie sur le travail auquel elle croyait réellement.

« Rock bottom became the solid foundation on which I rebuilt my life », expliquait-elle alors : toucher le fond était devenu la fondation sur laquelle elle avait reconstruit sa vie.

Son parcours rappelle une chose essentielle : lorsque l'on traverse un échec, il est presque impossible de savoir s'il s'agit réellement d'une fin. Nous jugeons généralement nos expériences depuis le présent, sans connaître encore ce qu'elles vont rendre possible quelques années plus tard.

Sara Blakely : apprendre à ne plus avoir peur d’échouer

La fondatrice de Spanx, Sara Blakely, a elle aussi construit une partie de sa philosophie entrepreneuriale autour de l’échec.

Avant de créer son entreprise, elle vend notamment des fax en porte-à-porte. Elle n’a alors aucune expérience particulière dans la mode, le textile ou la production. Pourtant, elle décide de développer le sous-vêtement qu’elle ne trouve pas sur le marché.

Son rapport inhabituel à l’échec vient en partie de son enfance. Blakely a raconté que son père demandait régulièrement à ses enfants : « À quoi avez-vous échoué cette semaine ? » Lorsqu'ils avaient essayé quelque chose sans réussir, il les félicitait. L'objectif était de modifier leur définition de l'échec : le véritable problème n'était plus d'essayer et d'échouer, mais de ne pas essayer par peur de l'échec.

Une philosophie qui prend une dimension particulière lorsque l’on entreprend. Lancer un projet suppose rarement de disposer dès le départ du produit parfait, du réseau idéal et de toutes les compétences nécessaires.

Vera Wang : et si le premier rêve n’était pas le bon ?

Il existe également des faux départs qui ressemblent, sur le moment, à des rêves brisés.

Avant de devenir l’un des grands noms de la mode nuptiale, Vera Wang ambitionne une carrière dans le patinage artistique. Elle pratique la discipline à haut niveau mais ne parvient pas à intégrer l’équipe olympique américaine.

Elle se tourne alors vers la mode et rejoint Vogue, où elle travaille pendant près de deux décennies. Elle passe ensuite chez Ralph Lauren avant de prendre une nouvelle direction professionnelle : créer sa propre maison.

Vera Wang lance son activité dans l’univers du mariage autour de la quarantaine, après avoir elle-même rencontré des difficultés à trouver la robe qu’elle souhaitait pour son mariage.

Aujourd’hui, son histoire semble parfaitement cohérente. Pourtant, vécue chronologiquement, elle ressemble davantage à une succession de bifurcations : le patinage, la presse, la mode puis l’entrepreneuriat.

C'est peut-être précisément là que se trouve l'un des pièges de notre manière de raconter le succès : nous reconstruisons après coup une logique qui n'était pas forcément visible au moment où les événements se produisaient.

Les faux départs aident à comprendre ce qui ne marche pas

Dans l’entrepreneuriat, l’échec peut même devenir une source d’informations.

Des recherches consacrées aux startups montrent que les échecs ou les réactions négatives du marché peuvent provoquer des « pivots », c’est-à-dire des changements importants concernant un produit, une clientèle ou un modèle économique. Une étude portant sur 49 startups a notamment identifié les réactions négatives des clients et les modèles économiques défaillants parmi les principaux déclencheurs de ces changements de direction.

Autrement dit, une première version qui échoue peut fournir une information qu’aucune étude théorique n’aurait permis d’obtenir aussi clairement : ce n’est pas encore ça.

Et cette information possède une valeur.

Elle permet parfois de comprendre son marché, mais aussi de mieux se connaître : ce que l’on sait faire, ce que l’on ne veut plus faire, les personnes avec lesquelles on souhaite travailler ou encore le type de réussite que l’on recherche réellement.

Pourquoi avons-nous autant peur de recommencer ?

Parce que notre société continue largement de valoriser les trajectoires cohérentes.

À 20 ans, il faudrait choisir la bonne orientation. À 25 ans, commencer à construire sa carrière. À 30 ans, avoir trouvé sa voie. Dans l’entrepreneuriat, la pression est différente mais tout aussi présente : il faudrait lancer rapidement, grandir rapidement et devenir rentable rapidement.

Les réseaux sociaux ont encore accéléré cette perception du temps.

Nous découvrons une entrepreneuse lorsqu’elle vient de lever des fonds, un artiste lorsque son titre devient viral ou une créatrice lorsque sa marque commence à être portée par des célébrités. Nous voyons le moment où la réussite devient visible, beaucoup moins les cinq, dix ou quinze années qui l'ont précédé.

Le succès paraît alors soudain parce que nous arrivons souvent au milieu de l’histoire.

Réussir plus tard ne signifie pas avoir perdu du temps

Le parcours de Vera Wang montre d’ailleurs à quel point la notion de « retard » peut être trompeuse. Les années passées dans le patinage puis dans la presse de mode ne disparaissent pas lorsqu’elle devient créatrice. Elles participent à la construction de son regard, de sa discipline et de sa connaissance de l’industrie.

Même logique chez J.K. Rowling : lorsqu’elle évoque son échec devant les étudiants de Harvard, elle ne le romantise pas. Elle précise que cette période fut douloureuse. Mais elle explique également qu’elle y a découvert une volonté et une discipline qu’elle ne savait pas posséder.

C’est une distinction importante. Dire que certains échecs peuvent être utiles ne signifie pas que tous les échecs sont souhaitables, ni que la souffrance constitue une condition nécessaire à la réussite.

Cela signifie simplement qu’un projet qui ne fonctionne pas ne rend pas automatiquement inutiles les années qui lui ont été consacrées.

Le succès est moins linéaire qu’on ne nous l’a raconté

Changer de métier à 35 ans. Fermer une première entreprise. Reprendre des études à 40 ans. Abandonner un projet sur lequel on travaillait depuis trois ans. Lancer une marque qui ne rencontre pas son public, puis en imaginer une autre.

Dans une culture obsédée par la réussite précoce, ces situations peuvent facilement être vécues comme des preuves de retard.

Elles sont pourtant parfois des étapes.

Le premier projet permet d’acquérir une compétence. Le deuxième révèle une erreur. Le troisième crée un réseau. Et le quatrième arrive peut-être au moment où l’expérience, les circonstances et l’idée finissent enfin par s’aligner.

Les histoires de réussite sont rarement aussi propres que leurs biographies finales.

Et si le succès arrive parfois après plusieurs faux départs, c'est peut-être parce qu'il ne récompense pas uniquement une bonne idée. Il récompense aussi une accumulation invisible : les compétences acquises, les erreurs comprises, les rencontres, la capacité à changer d'avis et celle, surtout, de recommencer.

Un faux départ n'est donc pas nécessairement du temps perdu.

Parfois, c'est simplement une partie de l'histoire que l'on ne reconnaît comme essentielle qu'une fois arrivée à la suite.