Les « nepo babies » ont-ils vraiment moins de mérite ?
Brooklyn Beckham

Les « nepo babies » ont-ils vraiment moins de mérite ?

Nés sous une bonne étoile, les « nepo babies » divisent. Entre privilèges, talent et travail, leur réussite a-t-elle vraiment moins de mérite ?

Par Inès m.

Ils s’appellent Lily-Rose Depp, Hailey Bieber, Brooklyn Beckham ou encore Kaia Gerber. Leur point commun ? Un nom célèbre, un carnet d’adresses bien rempli et une carrière commencée sous les projecteurs. Mais être un « enfant de » suffit-il à effacer le talent et le travail ?

Impossible d’échapper au phénomène des « nepo babies ». Contraction de « nepotism babies », l’expression désigne les enfants de célébrités qui se lancent à leur tour dans le cinéma, la mode, la musique ou les médias. Un terme devenu viral sur les réseaux sociaux, où chaque nouveau contrat prestigieux obtenu par une personnalité bien née déclenche la même question : serait-elle arrivée là sans ses parents ?

Lily-Rose Depp, Hailey Bieber, Brooklyn Beckham : des carrières sous surveillance

Fille de Vanessa Paradis et Johnny Depp, Lily-Rose Depp a grandi entre cinéma, musique et maisons de couture. Égérie de Chanel dès l’adolescence, elle s’est ensuite imposée comme actrice, notamment dans des productions internationales. Son nom lui a-t-il ouvert des portes ? Certainement. Mais cette filiation suffit-elle à expliquer une carrière qui s’inscrit désormais dans la durée ? Pas tout à fait.

Même constat pour Hailey Bieber, née Baldwin, issue d’une célèbre dynastie d’acteurs américains. Mannequin, entrepreneuse et personnalité suivie par des millions d’abonnés, elle a transformé sa visibilité en une marque de beauté particulièrement désirable. Son héritage familial lui a offert un accès privilégié à l’industrie, mais construire une identité publique reconnaissable dans un clan aussi célèbre reste un exercice délicat.

Chez les Beckham, la question se pose au pluriel. Brooklyn Beckham, fils de David et Victoria Beckham, a tour à tour exploré la photographie, le mannequinat puis la cuisine. Chacune de ses reconversions a été abondamment commentée, parfois avec une ironie féroce. Son frère Romeo Beckham a, lui, navigué entre football et mode. Deux parcours qui illustrent parfaitement le paradoxe des nepo babies : bénéficier d’opportunités exceptionnelles tout en voyant la moindre tentative scrutée, comparée et souvent tournée en dérision.

Un nom célèbre ouvre des portes… mais ne garantit pas le succès

Nier les privilèges dont bénéficient les enfants de stars serait difficile. Ils connaissent les codes du milieu, disposent souvent d’une sécurité financière et peuvent rencontrer plus facilement les bonnes personnes. Là où un jeune acteur inconnu enchaînera les auditions sans réponse, un nom comme Depp, Beckham ou Baldwin attire immédiatement l’attention.

Le débat autour des nepo babies ne porte donc pas uniquement sur le talent. Il interroge surtout l’égalité des chances dans des industries déjà réputées difficiles d’accès. À compétences équivalentes, tout le monde ne part pas de la même ligne de départ.

Pour autant, un patronyme prestigieux ne permet pas de conserver éternellement l’intérêt du public. Dakota Johnson, fille de Melanie Griffith et Don Johnson, a réussi à dépasser l’étiquette familiale grâce à une filmographie variée et une personnalité singulière. Zoë Kravitz, fille de Lenny Kravitz et Lisa Bonet, s’est fait une place dans le cinéma et la mode avec un univers immédiatement identifiable. Maya Hawke, fille d’Uma Thurman et Ethan Hawke, a convaincu dans la série « Stranger Things » avant de développer sa carrière musicale.

Quant à Kaia Gerber, fille du top model Cindy Crawford, elle a évidemment hérité de traits photogéniques et d’un accès privilégié aux podiums. Mais elle a aussi dû évoluer dans l’ombre d’une mère devenue une véritable icône de la mode. Un héritage enviable, certes, mais accompagné d’une comparaison permanente.

Les nepo babies doivent-ils en faire davantage pour être légitimes ?

C’est peut-être là que réside toute l’ambiguïté. Les enfants de célébrités partent avec plusieurs longueurs d’avance, mais ils doivent parfois redoubler d’efforts pour que leur réussite ne soit pas automatiquement attribuée à leur famille. Chaque rôle, campagne ou projet devient une sorte de test public destiné à prouver qu’ils « méritent » leur place.

Le problème apparaît surtout lorsque les principaux intéressés refusent de reconnaître leurs privilèges. Le public accepte plus volontiers la réussite d’un enfant de star lorsque celui-ci admet que son nom lui a facilité l’accès à certaines opportunités. À l’inverse, affirmer avoir connu exactement les mêmes difficultés qu’un parfait inconnu peut donner l’impression d’un profond décalage avec la réalité.

Reconnaître un avantage initial ne revient pourtant pas à nier le travail accompli. On peut avoir bénéficié d’un réseau familial et faire preuve de discipline. On peut obtenir plus facilement une première audition et livrer ensuite une performance remarquable. Privilège et talent ne sont pas incompatibles : ils racontent simplement deux aspects différents d’une même trajectoire.

Alors, les nepo babies ont-ils moins de mérite ?

La réponse est forcément nuancée. Les nepo babies n’ont pas nécessairement moins de talent, mais ils ont généralement moins d’obstacles à franchir pour pouvoir le montrer. Leur mérite ne peut donc pas être évalué sans prendre en compte les conditions particulièrement favorables de leur départ.

Lily-Rose Depp, Hailey Bieber, Brooklyn et Romeo Beckham ne sont ni responsables du nom qu’ils portent ni obligés de renoncer à leurs ambitions pour satisfaire le tribunal des réseaux sociaux. En revanche, leur réussite gagne en crédibilité lorsqu’elle s’accompagne d’une certaine lucidité sur leurs privilèges.

Au fond, le véritable sujet n’est peut-être pas de savoir si les enfants de stars méritent leur succès. Il est plutôt de se demander combien de talents anonymes, privés des mêmes relations et de la même visibilité, ne rencontreront jamais leur public. Les nepo babies ne volent pas forcément leur place. Mais ils nous rappellent que, dans les coulisses du cinéma, de la mode ou de la musique, toutes les portes ne s’ouvrent décidément pas avec la même facilité.